À la Saint-Alban, on peut poser ses vêtements

G, jeune quinqua au milieu du chemin de sa vie, la voie droite étant perdue, se retrouve bien seul aux Bragades.

Il a pris soin d'embarquer des matelas pour les sommiers, et une table de chevet, mais en passant la porte, brise un pied de cette dernière bien malgré lui.

Pendant qu'il décharge, il se fait aborder par son voisin Ch. " Dis-donc, tu dis rien aux voisins! Tu vas couler une dalle et je suis pas courant? J'avais l'air finaud quand le gars me demande l'adresse pour le béton." G, un peu interloqué, lui répond qu'il devait juste venir voir pour établir un devis. "Oui, mais moi qu'est-ce que je suis censé lui répondre, hein!"

Alors G lit son voisin entre les lignes, le prend par le bras et l'emmène faire un tour de la maison pour qu'il puisse se rendre compte de l'avancement des travaux. Il lui montre le pressoir qu'il aimerait bien sortir et donner pour faire de la place dans la cave, mais Ch. l'arrête: "Mais t'es fou! Il faut le garder ton pressoir ! Moi je l'ai sorti avec une grue avant de poser le toit. Il pèse 3 tonnes. Les poutres j'ai récupéré des anciennes mais j'ai fait la connerie de trop les laisser dehors, alors elles étaient pourries."

G lui montre aussi les belles plantes et jeunes arbres qu'il a reçus pour son anniversaire. " Ah, mais non, mais non, pas maintenant...! À la Sainte-Catherine, tout bois prend racine! Et tu sais quand c'est la Sainte-Catherine? C'est le 25 novembre, alors...c'est pas le moment pour la mise en terre! Et ça, c'est quoi c't'arbre? Un Co...gnassier??? Mais c'est dégueulasse, bazarde-le! Ton poirier, tiens, tu peux le planter à côté du pommier...Par contre, tu vois, cet arbre? Les branches sont dans les lignes électriques, faut le couper!". Après avoir ingéré tous ces bons conseils terriens, G prend congé de son voisin pour se mettre enfin au travail.

Il constate avec plaisir que l'électricien est enfin passé changer le disjoncteur et que l'eau chaude marche.

Pendant qu'il est en train de vernir les volets, il reçoit une seconde visite et l'homme l'interpelle gentiment. Il a appris par le cuisinier du Luth qu'une forêt de bambous avait pris racine aux Bragades. "Est-ce que cela vous dérange si je viens en chercher quelques-uns? J'aimerais construire des meubles en bambous, et la moindre petite baguette coûte déjà 1 euro."

G essaie de masquer ses larmes de joie. "Prenez tout ce que vous voulez! Revenez quand vous voulez! Tenez voici des outils pour vous aider!" répond-il à l'homme surpris par tant de générosité.

De passage dans la cave, il prend encore les mesures exactes pour le béton, car il avait de beaucoup surestimé le volume et tombe sur le chiffre de : (4mx3m +1mx0.5m + 4mx4m + 5mx0.2m)x0.1m = 3m^3 environ.

Après un passage à déchèterie, il déjeune rapidement un bon petit filet de cabillaud et reprend à lasurer les volets. L'orage l'interrompt cependant, et pour éviter les marques de gouttes, il pose en catastrophe les volets debout à l'entrée du garage, mais l'idée est mauvaise, car l'avant-toit ne protège pas assez bien les volets, qu'il finit par rapatrier dans la salle à manger.

Lorsque le soleil brille à nouveau, il décide de passer la haie au sécateur électrique, mais mal lui en prend. Un mouvement brusque, désordonné et distrait lui fait choir le taille-haie sur la jambe, déchiquetant un bout de peau. Peu après, c'est la rallonge électrique qui y passe et cause un court-circuit. Décidément, la journée n'est pas très productive, alors il plante les arbres, fleurs et tomates reçus à son anniversaire.

Il rentre en boitillant à Genève, ou plutôt à Tannay, au Café de la Plage, pour y célébrer la maturité remportée haut la main par Ne.

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